Jérémy Ferrari : "J'ai l'impression d'avoir découvert un nouveau jouet"

Jérémy Ferrari, humoriste à succès, présente son premier film en tant que réalisateur, "Les K d'Or". Une comédie d'action ambitieuse tournée dans le désert, mélangeant aventure et satire.
Il remplit des Zénith, il tient tête à des Premiers ministres en direct, il produit, écrit, met en scène — et voilà qu'il réalise désormais son premier long-métrage. Jérémy Ferrari est l'invité de À la Régulière, et il se livre avec une franchise désarmante sur ce qui se passe vraiment derrière la machine. Loin de l'image du comique sûr, c'est un homme habité par le doute, la rigueur et une exigence peu commune qui se révèle au fil de cette conversation.
"J'ai l'impression d'avoir découvert un nouveau jouet"
Personne n'avait prévu que Jérémy Ferrari passerait derrière la caméra. Auteur et comédien principal du film Les K d'Or — une comédie d'action tournée dans le désert, avec un fils supposé de Kadhafi, un trio improbable et un chien à trois pattes —, il confie avoir été « propulsé en tant que réalisateur », ce qui n'était « pas forcément son ambition ». Et pourtant, il s'y est jeté corps et âme. Sa méthode ? Une humilité revendiquée et un travail méthodique : il a lu des livres sur la réalisation, rencontré tous les chefs de poste, fait le découpage avec les équipes techniques. « J'ai passé des mois à la prépa », dit-il, et cette immersion totale lui a permis d'apprivoiser un médium nouveau. Il décrit avec enthousiasme le sentiment d'avoir entre les mains un outil aux possibilités infinies : « Tu veux un lance-flammes, on te le donne, tu veux une poule, pareil ». Un vertige créatif qu'il compare, paradoxalement, à la solitude du one-man-show : « C'est tellement à l'opposé que ça se ressemble ». Les avant-premières complètes et les retours enthousiastes du public commencent à le rassurer — mais le stress, lui, ne disparaît pas.
Un humoriste qui mérite son succès à la sueur du front
Derrière les grandes salles et les ovations, Ferrari cache une mécanique de travail que peu soupçonnent. Pour chacun de ses spectacles à thème — la religion, la géopolitique —, il s'est imposé deux ans d'études approfondies, retournant même à la faculté pour approfondir ses connaissances. « Je suis un laborieux, j'ai cette culture-là : il faut mériter ton succès. »
Cette culture de l'effort est indissociable d'un syndrome de l'imposteur qu'il assume pleinement. Lui qui vient d'une famille « extrêmement modeste », dont le père « reste 14 heures debout dans un Auchan », a longtemps mal vécu l'argent qui entrait. C'est Laurent Ruquier — lui aussi issu d'un milieu modeste — qui lui a tendu une bouée : « Tu gagnes de l'argent honnêtement en faisant plaisir aux gens ».Jérémy Ferrari en a tiré une leçon de vie : réinvestir, produire, faire travailler. Aujourd'hui, il monte des sociétés, produit des artistes, emploie des équipes entières — et rappelle, sans détour, une vérité que seuls ceux qui ont manqué peuvent vraiment comprendre : « Il n'y a que des gens qui ont toujours eu de l'argent qui vont te dire que l'argent, c'est pas important. »
Un casting né du deuil : comment la mort de Guillaume Bats a réécrit le film
L'une des révélations les plus saisissantes de cet entretien concerne la genèse même du film. Le scénario originel comportait trois personnages masculins, dont Guillaume Bats — humoriste, ami proche, « comme un petit frère » pour Ferrari, qu'il produisait. Atteint de la maladie des os de verre, Guillaume Bats est décédé au moment où le financement du film commençait. « Je ne peux pas mettre les mots que j'avais écrits pour Guillaume dans la bouche d'un autre comédien », confie Ferrari. Il refond alors entièrement le projet, garde son personnage et l'histoire, et introduit un personnage féminin.C'est ainsi que naît Zoolika, écrit en s'inspirant secrètement d'un personnage de Laura Felpin — sans lui dire — avant de lui proposer le rôle. « J'espère que tu vas aimer le rôle parce que je l'ai écrit pour toi », lui dit-il. Sa réponse : « Je pleure de rire dans le train, j'accepte le rôle. » Quant à Éric Judor, dont Jérémy Ferrari avait tout vu sans jamais le connaître personnellement, il l'appelle pour la première fois et se fait faire « une heure de vannes au téléphone » avant même d'expliquer la raison de son appel. Le casting du film porte en creux le poids d'un deuil transformé en élan créateur — et c'est peut-être ce qui lui donne son âme.
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