"L'humour noir c'est une manière de voir la vie"

Le comique incisif et décisif, révélé sur le plateau de Laurent Ruquier, a eu hier la lourde responsabilité d'ouvrir la première édition du festival Rirozor, créé par son copain Florent Peyre, avec son spectacle "Hallelujah Bordel"
Les rires que provoque Jérémy Ferrari n'ont pas la même couleur que les autres. Il sont noirs, comme l'humour qui les déclenche. Ils sont graves, au sens figuré d'abord, comme les sujets qu'il dédramatise. Puis au sens propre : le premier éclat laisse toujours place à un "oooh". Un son plus caverneux, plus profond, comme pour s'excuser d'avoir apprécié, tout en avouant que la vanne était bien trouvée. Sur le plateau de l'émission "On ne demande qu'à en rire" - coup d'accélérateur de la carrière de Jérémy Ferrari - Laurent Ruquier ponctuait les sketches de son comique total par des "Quelle horreur!" ou des "C'est affreux".
Car Ferrari, le moqueur en pole position, le bonnet D de l'humour caustique, n'y va jamais avec le dos de la cuillère. Dans la vie, comme sur scène, il frappe vite, fort, et sur tout le monde. Pas de favoritisme. Le gamin de Charleville, qui voyait défiler le pire et le meilleur dans le commerce de ses parents, au milieu d'un quartier populaire, a gardé en lui les questions qu'il posait à sa mère. Sur l'injustice, les préjugés, sur les non-sens des extrémismes... Jusqu'à trouver les réponses dans le rire et dans l'absurde. Mais le sniper embusqué ne flingue jamais gratos.
Jérémy, le grand sensible, est plus super héros que mercenaire. Une sorte de Batman du one man show. Un peu dark au premier abord, puis très vite attachant. Avec son spectacle "Hallelujah Bordel", quand il balance des claques, ce n'est pas pour faire mal. Plutôt pour réveiller, ramener à la vie les consciences évanouies. Mais, même si ses convictions transpirent, Ferrari n'est pas un champion des longs discours. Il ne lève le masque qu'en cas d'urgence. Pour faire sa connaissance, il faut donc se creuser un peu la tête et savoir lire entre les lignes. Son pari est donc gagné.
Qu'avez-vous fait avant d'arriver sur On ne demande qu'à en rire ?
J'ai ramé pendant 10 ans dans les cafés-théâtres parisiens. L'émission m'a fait passer des salles de 40 places au zénith de Caen. Je me souviens de ma première grosse salle en Belgique, au Forum de Liège. Au moment de monter sur scène, je me suis rappelé qu'un an avant mon spectacle avait été annulé dans une salle minuscule car il y avait moins de trois personnes dans le public
Et qu'avez-vous changé pour connaître le succès ?
Rien. Le même spectacle qui ne marchait pas a fait 200 000 entrées et 30 000 DVD vendus. Pour moi l'humour noir c'est une manière de voir la vie. Taquiner, narguer... J'ai toujours été comme ça. Rire des choses graves permet de relativiser.
À quel moment dites vous "Ça je ne peux pas le dire " ? Où placez-vous vos limites ?
Je fais des choix, il ne s'agit pas de censure. Il faut avant tout que ce soit très drôle.
On peut rire de tout ?
On ne peut rire QUE de tout. C'est pour ça que Dieudonné a fait beaucoup de mal. Il a sali la liberté d'expression. Au-delà des propos immondes, il s'est caché derrière elle pour déverser sa haine et ses immondices politiques. Dieudonné a perdu sa carte d'humoriste.
Il fallait l'interdire ?
L'interdiction est un aveu de faiblesse de la part de Valls. Cela signifie qu'on a pas d'autres arguments pour le faire taire.
Avez-vous le sentiment que les humoristes d'aujourd'hui sont moins libres ?
Ce n'est pas vrai. C'est un fantasme de croire qu'on ne peut plus faire la même chose, que c'était mieux avant... Aujourd'hui beaucoup d'artistes veulent avant tout être connus. Et ils pensent que le fait d'être lisses va leur permettre de monter plus haut. Ils cherchent avant tout à séduire les décideurs et pas le public.
Pour revenir à vous, quelle est votre actualité en plus de cette tournée ?
Il y a le spectacle, le DVD, le livre également. Je produis aussi un festival d'humour en Belgique, avec des duos de têtes d'affiche inédits. Côté télé, je suis passé de Touche pas à mon poste, avec Hanouna, à l'Émission pour tous de Ruquier. J'écris aussi un film qui sera tourné en novembre. Une comédie cruèle et sociale sur le chômage.
Une petite dernière, plus légère, pour la route : Quelle serait votre première mesure si vous étiez élu président de la République ?
J'imposerais la lapidation en cas d'adultère et je rendrais le recours à la prostitution obligatoire pour tous les hommes mariés, et sans préservatif. Comme ça les prostituées deviendraient les femmes les plus riches de France. Et ça ça me ferait bien marer.

